Le Jouer de Luth: Ensemble Asteria Concert à la salle Ockeghem de Tours (Festival Les Méridiennes)

by DIDIER JARNY/PB

Depuis plusieurs années, le festival des Méridiennes, à l’initiative de l’ensemble Diabolus in Musica et de son chef Antoine Guerber, ravit le public tourangeau par l’originalité de sa programmation et sa convivialité.  Là encore, ce concert convenait parfaitement au cadre et au style du festival : petite formation, interprètes spécialisés, musique intimiste…  Le tout sous les voûtes XVe de la salle Ockeghem, qui constituaient donc un écrin idéal pour ces oeuvres de Dufay, Morton, Busnoys et Binchois.

Le concert commençait par cette sublime mélodie qu’est La doulce jouvencelle (Anonyme, manuscrit d’Oxford, début XVe), qui fut suivie par J’attendrai tant qu’il vous plaira de Guillaume Dufay, plus joyeux, avec un intéressant dialogue entre ténor et superius.  La voix d’Eric se marie parfaitement avec son luth, claire, naturelle, précise, presque “instrumentale” ; elle soutient harmonieusement celle de Sylvia, plus “vocale”, belle et sombre dans le grave, légèrement vibrée dans l’aigu.  Les deux forment un duo vraiment magnifique de sincérité, bien soutenu par le luth dont on profite ici pleinement (très beau son d’Eric sur son luth médiéval de Cezar Mateus).  Avec Le souvenir de vous me tue de Robert Morton, et Le corps s’en va de Antoine Busnoys, la violence et désespoir du texte n’empêchent pas l’élégance des lignes mélodiques mais attestent au contraire de la noblesse et de la dignité des sentiments de cet amour courtois

On connaît peu Estienne Grossin, mais sa chanson, pleine d’allant (“Va t’ent, souspir, je t’en supplie, Vers ma dame hastivement” nous dit-elle), nous fait penser à celle de Dufay en début de programme, et prouve que tout n’est pas que lamentations … Enfin, le programme se terminait avec le célèbre Dueil angoisseux de Gilles Binchois, sur des paroles de la grande poétesse Christine de Pisan ; la mélodie initiale emprunte étonnamment les notes d’un accord partait majeur, très moderne et plutôt optimiste, mais cela reflète plutôt une sorte de sereine résignation, comme le confirme le dernier vers : Et si ne pui garir ne morir

Que dire d’autre sur ce merveilleux concert ?  Les interprètes nous ont offert une musique fabuleuse, mais aussi une présence scénique à la fois travaillée et naturelle : ils jouent tous deux debout, totalement par coeur (malgré les longues formes “Rondeau” de l’époque), ils semblent amoureux dans la vie comme dans leurs textes … Pas étonnant que le public, nombreux et fasciné, ait demandé deux ou trois rappels …

Bravo donc à ce duo américain, tellement passionné de musique à la cour de Bourgogne, qu’ils y résident plusieurs mois par an !

Septembre 2012

 

 

 

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